Magie du tatouage dans l’Arctique

Un musée virtuel

Le centre d’étude de l’Arctique du Musée National d’Histoire Naturelle de Washington, sous l’égide du très sérieux Smithsonian Institute, l’institution de recherche scientifique, propose des expositions virtuelles. L’une d’entre elles, « Crossroads of continents » (Carrefour des continents), tente de saisir l’histoire et la grande diversité des cultures du pacifique nord.

La présentation de l’exposition est tout à fait innovante : le musée est recréé en 3D. Il suffit de cliquer sur les objets exposés pour en avoir une description complète, et sur les portes pour passer d’une pièce à l’autre. Dans une pièce a été recréée la tombe d’une shaman, trouvée sur le site d’Ekven en Sibérie, et datée de 2000 ans. En cliquant sur la tombe, on peut voir l’ensemble des objets qui y ont été trouvés, notamment un petit masque tatoué en ivoire de morse.

Le contenu sur le tatouage inuit

Sous la présentation de ce masque, on trouve une explication sur le tatouage inuit. Cet article nommé « Tattoo magic » (La magie du tatouage), est écrit par Valérie Chaussonnet, et Ann Fienup-Riordan, deux anthropologues du Museum. Ann Fienup-Riordan a notamment beaucoup publié sur l’anthropologie des inuits, comme on le constate sur Google Scholar.

Ainsi, le tatouage était effectué sur le visage et les bras à la puberté, et la capacité à endurer la douleur était la preuve que la jeune fille était prête à porter un enfant, nous dit-on. Mais l’article développe surtout l’aspect mystique du tatouage, qui aurait une dimension communicative (avec les esprits par exemple) et métamorphique.

Le masque en ivoire présente sur une joue un tatouage en forme de serre de corbeau. Ce motif renverrait à une ancienne légende, où un dieu corbeau aurait volé à la fille d’un esprit malfaisant une balle contenant l’ensemble des corps célestes. C’est en brisant la balle qu’il libéra le soleil, la lune et les étoiles.

Selon cet article, le peuple arctique des Chukchi, affiliés au Inuit, utilisait le tatouage comme une protection spirituelle. Quand un Chukchi tombait malade, on lui tatouait le visage et les mains avec des représentations humaines pour chasser les mauvais esprits responsables de la maladie. Ils pouvaient aussi se tatouer la représentation de l’âme d’un mort pour en faire un esprit bienveillant à leur égard. Enfin, des tatouages d’yeux sur les articulations marqueraient une transformation sociale.

Cet article est une source en lui-même, mais nous aurions bien aimé avoir des références tout de même. Malgré quelques liens morts, et des changements de décors surprenants, le site est relativement bien agencé, et l’idée du musée virtuel est lumineuse et altruiste. A voir.

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