Michèle Therrien : « Traces sur la neige, signes sur le papier. »

Michèle Therrien est ethnologue et professeure des Universités à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), comme le précise le site des Belles Lettres, qui a publié son ouvrage intitulé Les Inuit (sur lequel Inuitartzone.com a récemment publié un article). Spécialisée notamment dans la langue et la culture de ce peuple, elle a écrit « Traces sur la neige, signes sur le papier. Significations de l’empreinte chez les Inuit Nunavimmiut (Arctique québécois) », un article paru dans le Journal de la Société des Américanistes, tome 76, 1990, aux pages 33 à 53.

Elle y évoque la trace de pas dans la neige, extrêmement présente dans le lexique de la langue inuit (différents mots sont utilisés pour désigner les diverses formes de traces, révélatrices du but de déplacement voire même des ses modalités, il existe un mot pour désigner des traces d’aller-retour, un autre pour des traces de quelqu’un en visite chez un voisin…) et dans toute la culture du peuple.

« La trace de pas, malgré sa fragilité et la modestie de ses contours, prend un relief saisissant chez les Inuit, peuple de chasseurs-pêcheurs qui en privilégiant les formes discrètes de la présence humaine (maisons, sépultures basses) n’a jamais attenté à l’intégrité du paysage, ce qui a permis à certains d’affirmer que les Inuit laissent peu de traces et que l’on peut mieux occuper ces espaces « vides ». Les principaux intéressés s’insurgent et déclarent que leurs traces couvrent le sol arctique, qu’elles sont la preuve indubitable de l’exploitation effective du territoire et de son appropriation physique millénaire. La trace anime la nature, lui donne un sens.

Expérience à la fois pragmatique et symbolique, la trace situe les vivants les uns par rapport aux autres, relie les mondes visibles et invisibles, crée des liens étroits avec d’autres expériences de marquage parmi lesquelles la couture, le tatouage et aujourd’hui l’écriture. »

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Ainsi l’écriture, elle même héritière du traçage et de la lecture de ces marques laissées dans le sol, est comparée à la couture et au tatouage comme « technique de marquage, de repérage et d’identification ». C’est en effet toujours cette même idée de tenter de maîtriser le territoire, de maîtriser sa pensée, mais aussi de maîtriser son corps, qui est poursuivie. Dans l’écriture comme en ce qui concerne le tatouage, « les signes en succession régulière sur une surface uniforme rappellent une expérience connue, celle des pas sur la neige, eux même vus comme des vestiges inertes posés sur une étendue inanimée auxquels seul le savoir confère une intelligibilité. »

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