Perception du tatouage chez les Inuits du XXIe siècle : réactions face au projet d’Alethea Arnaquq Baril

Comme on l’a vu dans l’autre article sur Alethea Arnaquq-Baril, la jeune réalisatrice avait comme projet personnel de découvrir les secrets du tunniit et de se faire elle-même tatouer par la suite. Deux sources nous indiquent que certaines réactions face à ses questions et à son projet en général étaient peu bienveillantes.

Résistance de la part des jeunes et des adultes

Elle raconte d’abord à Carolyne Weldon en 2011 que lorsqu’elle a entrepris ses premières recherches, « elle s’est heurtée à beaucoup de résistance de la part des jeunes et des adultes d’âge moyen. Les uns estimaient que les marques relevaient du chamanisme et de la sorcellerie (ce qui est historiquement faux), alors que les autres mettaient en cause son droit de porter de tels tatouages sous prétexte qu’elle n’était pas suffisamment Inuite (le père d’Aleatha est blanc). » En effet aujourd’hui, le christianisme a pris une place très importante dans la population inuit, causant de très fortes réactions face aux anciennes croyances : la simple mention des tatouages peut faire entrer certains dans une rage folle (d’après le site d’Alethea)

Alethea Arnaquq Baril

Alethea Arnaquq-Baril découvre son tatouage, Inuktitut Magazine 109 p.50

La réaction de ses parents

Elle nous parle également de la réaction de ses parents qu’elle a filmée quand elle est rentrée chez eux avec ses nouveaux tatouages. Son témoignage est disponible en podcast dans le cadre d’une émission de CBC sur l’apparence, à cette adresse (12 min 10 s – 17 min 00s ). Elle était d’abord terrifiée à l’idée de montrer ses tatouages à ses parents, sachant qu’il réprouveraient sa décision. En arrivant chez elle, son père a commencé par jurer. Il espérait d’abord que c’était une blague, un tatouage temporaire, qu’il s’en irait, mais il accepte sa décision assez vite. Puis elle décide d’affronter sa mère, qui réagit beaucoup plus violemment, la prenant à part et lui intimant d’éteindre la caméra. Avec le temps, sa mère s’est adoucie, affirmant qu’elle trouve ses tatouages beaux, mais qu’elle ne les aime toujours pas. Elle est énervée, car elle considère que sa fille ne devrait pas pratiquer la tradition de ses grands-parents, qui n’est pas la sienne. Elle plaisante cependant en disant que peut-être, elle pourrait se faire tatouer un jour.

La collaboration des anciens

Malgré ces premières réactions de rejet, qui se comprennent dans un cadre d’assimilation rapide de la mentalité occidentale (comme le souligne Alethea Arnaquq-Baril sur son site : « As a society, we are still reeling from the transition »), près de 58 aînés l’ont aidée à évoquer et à retrouver cette tradition inuite interdite depuis un siècle et presque oubliée, lui permettant de monter son film Tunniit : retracing the lines of inuit tattoos.

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