Faire revivre la tradition avec Alethea Arnaquq-Baril

Alethea Arnaquq-Baril (Alethea-Ann Aggiuq Arnaquq-Baril de son nom complet) est une réalisatrice de films originaire d’iqaluit au Nunavut. Après son diplôme, elle a décidé de se concentrer sur des documentaires culturels inuit et des productions en inuktitut. La tradition inuit se transmettant oralement, Alethea Arnaquq-Baril juge avec raison que la vidéo est un médium privilégié pour la transmettre, bien plus que l’écriture.

Le site Unikkaat

Après avoir créé un premier blog aujourd’hui pratiquement vide, Alethea Arnaquq-Baril a désormais un site internet pour sa compagnie Unikkaat Studio Inc., www.unikkaat.com, où elle présente ses projets, tels que son film Tunniit : retracing the lines of inuit tattoos, dont on a parlé dans un article, et d’autres productions de son studio. Le site est très rarement mis à jour, et les pages présentent sommairement les films, sauf Tunniit qui est un projet personnel très particulier pour la réalisatrice. On regrettera par exemple qu’aucune bande annonce ne soit proposée, alors qu’il en existe, comme on l’a vu dans l’article sur Tunniit.

Son voyage et ses recherches

Alethea Arnaquq-Baril nous intéresse justement pour son implication dans le tatouage inuit, qu’elle relate dans son film Tunniit. Fascinée depuis l’enfance par les dessins et photographies de femmes tatouées, et ressentant un besoin très fort de se faire tatouer, elle décide de rassembler un maximum d’informations auprès des anciens avant de se faire tatouer. Elle nous dit dans une émission de CBC disponible en podcast qu’une croyance dit que le tatouage s’ancre dans l’âme en même temps qu’il s’ancre dans la peau. Ainsi, si une vie antérieure a existé, l’âme tatouée éprouvera le besoin de se faire tatouer la chair pour accorder son âme et son corps.

En 2009, elle s’engage dans un voyage à travers le Nunavut pour interviewer autant d’ainés que possible, voyage au terme duquel elle se fera tatouer le front, les joues et les mains. Dans l’émission de CBC, elle nous dit à quel point se faire tatouer a été pour elle un soulagement, comme si elle devenait enfin complète.

Alethea Arnaquq-Baril

Alethea Arnaquq-Baril se faisant tatouer le front, Inuktitut Magazine 109, p.44

Elle explique sa démarche sur son site bien sûr, mais aussi lors d’une interview plus ou moins informelle par Carolyne Weldon prise en 2011, dont la traduction en français depuis l’anglais est consultable sur le blog de l’ONF (Office National du Film canadien), ainsi qu’à l’occasion d’un article dans le magazine Inuktitut numéro 109, paru en 2010, à cette adresse, dont on parle plus en détail dans l’article sur Tunniit.

Survivance de la tradition du tatouage dans l’art inuit contemporain (2) – Jessie Oornak et Germaine Arnaktauyok

Cet article fait suite a ceux qui traitent de Billy Merkosak et de ses masques sculptés puis de Pitseloak Ashoona et de son travail influencé par les marques régulières présentes dans les motifs du tatouage inuit.

Aiguillées par la réponse de la galerie de Vancouver, nous avons pu découvrir Jessie Oornak et Germaine Arnaktauyok, qui ont elles aussi leur port-folio et leur biographie sur le site de la Spirit Wrestler Gallery. Mais a priori, on ne constate pas de lien très évident entre les oeuvres présentées sur ce site et le tatouage inuit.

C’est donc en tapant leur nom suivi des mots « tattoo » ou « tattooed » qu’on découvre qu’une petite partie de leur Œuvre fait référence à la tradition du tatouage.

Jessie Oornak, originaire du Lac Baker, sur le territoire Nunavut, est née en 1906 et est décédé en 1985. Son style, qu’on pourrait qualifier d’assez naïf, possède néanmoins une forte personnalité qui lui a assuré un certain succès : ces Visages tatoués du Cap Dorset ont été vendu au prix de 11.500 dollars, d’après le site Maynards Fine Art & Antiques. La mention « signé », précisée dans le cartel de l’œuvre, montre le statut d’artiste reconnue auquel a pu accédé Jessie Oornak.

Germaine Arnaktauyok, né en 1946 à Igloolik, elle aussi sur le territoire Nunavut, est quant à elle toujours active. Elle a une formation artistique plus « officielle », et a répondu à des commandes d’état, comme par exemple celle des illustrations de pièces de dollar canadien. Elle s’inspire elle aussi des légendes et de la vie de son peuple.

Il existe sans aucun doute de nombreuses autres oeuvres d’artistes inuits contemporains en rapport avec la tradition du tatouage, mais les recherches s’avèrent difficiles. Un nombre croissant de galeries ouvrent leurs portes à ces productions, mais peut être le manque de « tags » en rapport avec le tatouage est un facteur qui limite les résultats. Ces oeuvres ne sont en effet pas souvent abordées par ces institutions sous l’angle de leur lien avec le tatouage inuit, mais plutôt comme des représentations globales des moeurs et des légendes de ce peuple.

Survivance de la tradition du tatouage dans l’art inuit contemporain (1) – Pitseloak Ashoona

Suite à notre article sur l’artiste inuit Billy Merkosak et ses masques sculptés, nous avons pris l’initiative de contacter la galerie d’art inuit de Vancouver, afin qu’elle nous donne des pistes d’artistes faisant référence au tatouage inuit dans leur production. Elle nous a répondu quelques jours plus tard en nous donnant quelques noms, mais une recherche dans leur base de données au moyen de ces mots clés n’a pas donné un résultat très satisfaisant. En effet, la barre de recherche de la galerie de Vancouver ne permet que d’entrer des noms d’artistes, et il faut donc regarder chacune des œuvres pour voir si elles ont un lien avec le tatouage. L’entreprise est donc mal aisée.

Les recherche sur le moteur de recherche Google ont été plus fructueuses. Nous sommes parvenues au site d’une nouvelle galerie canadienne, Spirit Wrestler gallery, également située à Vancouver. Elle présente des « port-folio » (définition du mot sur Wikipédia) de ses différentes artistes, complétés de rapides biographies.

Voici celui de Pitseloak Ashoona, une femme originaire du Cap Dorset née en 1904 et morte en 1983, dont les œuvres traitent principalement de « la vie traditionnelle inuit avant l’arrivée des Blancs ». Mais il n’est nullement fait mention du mot « tatouage », et ce n’est qu’en regardant les œuvres du port-folio qu’on découvre un portrait de femme tatouée.

Apparemment, Ashoona n’a pas représenté d’autres humains tatoués (une recherche sur Google Image semble corroborer cette hypothèse), mais le reste de sa production n’en demeure pas moins intéressante, et ce toujours dans le cadre de notre sujet. En effet, nombre de ses autres œuvres semblent influencées par la technique du tatouage : les mêmes marques régulières ponctuent les corps de ses animaux fantastiques, marques dont nous avions parlé dans notre article sur Michèle Therrien, qui nous explique l’importance de ce rythme dans les motifs, et de la symbolique de la trace, omniprésente chez les Inuits.

Un second article sur deux autres artistes inuit contemporains viendra compléter ces recherches.

Tunniit : retracing the lines of inuit tattoos

Tunniit : retracing the lines of inuit tattoos, est un film de 50 minutes, réalisé en 2010 par la réalisatrice inuit Alethea Arnaquq-Baril, ayant pour sujet central le tatouage facial inuit : le mot « tunniit » désigne les tatouages faciaux en Inuktitut, la langue des Inuit.

Le film a été projeté dans de nombreux musées, comme à l’occasion du festival ImagineNATIVE de Toronto en 2011, au Musée Américain d’Histoire Naturelle en 2012, au Centre Culturel de Woodland, toujours en 2012, au Agua Caliente Cultural Museum dans le cadre du Native Filmfest 2013, ou encore à la galerie d’art Winnipeg dans le Manitoba en 2013, et encore beaucoup d’autres projections sont à noter. Le film n’est pas encore disponible à la vente ou en téléchargement.

Résumé :

“Une jeune femme cherche à faire revivre l’ancienne tradition inuit du tatouage facial. Les tatouages inuit ont été interdits pendant un siècle, et presque oubliés. Alethea Arnaquq-Baril lutte pour trouver tout ce qu’elle peut avant de se faire elle-même tatouer. Elle a rencontré une vraie résistance de la part de quelques-uns de ses contemporains inuit. Cependant, quelques anciens ont la volonté de parler des tatouages,et des changements culturels massifs et soudains qui ont causé leur déclin. »

Pour de plus amples informations sur le film Tunniit : 

Vous pouvez déjà consulter Unikkaat, le site d’Alethea Arnaquq-Baril, et en particulier la page consacrée au film Tunniit. C’est un site très agréable, et qui mieux que la réalisatrice elle-même pour parler de son film ?

Il est ensuite possible de consulter le magazine Inuktitut numéro 109, paru en 2010, à cette adresse. Inuktitut Magazine est un magazine inuit canadien, produit par l’organisation Inuit Tapiriit Kanatami (« Les Inuits unis du canada »), et publié en 4 langues ; en Inuktitut, en Inuinnaqtunen Anglais, et en Français. Et c’est sur le site de l’Inuit Tapiriit Kanatami que le magazine est hébergé et téléchargeable gratuitement. Le numéro 109 nous intéresse particulièrement puisqu’on y trouve un dossier sur le film Tunniit, p.45-51. Il s’agit d’une présentation de Tunniit par Alethea Arnaquq-Bril elle-même, et on apprend de nombreuses anecdotes sur le film et les recherches qu’elle a entreprises.

Enfin, la bande-annonce du film est disponible sur youtube, mise en ligne par le Réseau de télévision des peuples autochtones, ou Aboriginal People’s Television Network en anglais (APTN). Pour plus d’informations : le site de l’aptn, et le wikipédia de l’aptn.

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En conclusion, nous avons là un film qui semble d’un grand intérêt pour la connaissance du tatouage inuit. Nous ne pouvons pas nous prononcer plus sur sa valeur, étant donné qu’il nous a pour l’instant été impossible de traverser l’atlantique pour assister à une des projections dont on a parlé plus haut. Il jouit cependant d’une campagne publicitaire sérieuse et relativement importante dans les médias autochtones, que ce soit dans la presse ou à la télévision. Toute cette publicité est orchestrée par la réalisatrice elle-même, et exportée hors de l’arctique canadien grâce à son site internet, et grâce au fait que les ressources médiatiques sur son film sont toutes disponibles sur internet en accès libre. Cela démontre une volonté de partage qui semble nous assurer un documentaire complet et fouillé.

L’influence de la tradition du tatouage chez les artistes inuits contemporains : l’exemple de Billy Merkosak

Inuitartzone.com – l’art Inuit du Nuvanut, est le blog d’une galerie d’art inuit (inuitartzone.com) et traite donc de l’actualité de l’art contemporain inuit, propose une découverte d’oeuvres et d’artistes et recense les différents événements en lien avec cette culture qui ont lieu, notamment, à Québec. Les textes sont rédigés par Aurélie Maire (Fiche personnelle), doctorante en anthropologie à L’INALCO et à l’université Laval, historienne de l’art et consultante dans le domaine des arts inuit et autochtones, qui propose notamment un article sur l’artiste inuit Billy Merkosak, publié le 26 novembre 2011.

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L’article est très succinct et il n’est pas fait mention de cet artiste autre part dans le blog : celui-ci vise à faire découvrir au lecteur le plus de choses possible, et surtout à promouvoir les artistes dont on peut acheter les oeuvres dans la galerie. Dans ce blog, c’est donc plutôt l’exhaustivité que l’approfondissement qui est visé : l’unique image de l’article n’est pas légendée, on présume que c’est une oeuvre de Merkosak, grâce au texte, mais on ne sait ni où elle est conservée, ni ses dimensions…  L’auteur nous donne cependant des informations basiques, les origines de l’artiste, les matériaux qu’il utilise, ses sources présumés d’inspiration… sans toutefois préciser, dans cet article (l’auteur est parfois plus rigoureuse), d’où viennent ces données, ce qui peut être problématique, même si le  cursus universitaire d’Aurélie Maire peut être garant d’un certain sérieux dans la diffusion de ces informations. L’écriture est claire, l’aspect général du blog est agréable à l’oeil, mais la navigation à travers les différentes catégories ne peut se faire qu’à partir d’un article (elles ne sont pas listées à un endroit donné, ce qui rend la recherche un peu hasardeuse, ceci pouvant cependant être pallié par la barre de recherche située en haut à droite). Ce blog peut donc être utilisé comme point de départ pour aller chercher, ensuite, d’avantages d’informations sur l’artiste qui nous intéresse.

L’article nous apprend, donc, que Merkosak utilise des matériaux divers, mais surtout traditionnels de la culture inuit, tels que des os de baleine, de l’ivoire ou du bois flotté. Il sculpte notamment des masques, convoquant ainsi toute une tradition de mythes et de légendes, puisque les masques étaient utilisés autrefois pendant des cérémonies rituelles pour communiquer avec des ancêtres décédés, ou comme amulette quand ils étaient de taille réduite. Merkosak semble s’inspirer d’une découverte archéologique, près d’Iglulik (au sud de Mittimatalik) dans les années 1960 : des masques miniatures en ivoire datant de la Culture de Dorset.

Mais ce qui nous intéresse surtout ici, c’est le lien de l’œuvre de Billy Merkosak avec le tatouage inuit et donc l’influence de cette tradition sur ses travaux contemporains : tout comme ce masque datant de 3500 ans avant notre ère, les siens sont aussi gravés de lignes ou de pointillés qui évoquent les tatouages faciaux, habituellement portés par les femmes, notamment sur les joues, le front et le menton, comme le montrent la photographie de femme tatouée ci dessus, à droite du masque de Merkosak, ainsi que ce dessin, mis en parallèle avec une autre de ses oeuvres.

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D’autres sculptures de cet artiste sont visibles sur des galeries d’art inuit comme celle de Vancouver ou celle de la Carvings Nunavut Inc (ce que se garde bien de préciser Aurélie Maire, car cela desservirait la galerie Inuit Art Zone). Il réalise surtout des sculptures figurant des créatures fantastiques ou des animaux réels, parfois au comportement assez anthropomorphe, ce qui suggère peut être, encore une fois, une tradition chamanique, de liens entre l’homme et la nature qui l’entoure.__