« Women with walrus beards », par Søren Duran Duus

« Women with walrus beards » est un article de Søren Duran Duus, dont on ne peut trouver sur la toile qu’un profil facebook peu fourni, qui nous apprend cependant dans l’adresse URL de la page sa fonction de journaliste, ce que semble confirmer la légende de la photographie qui illustre cette page du journal danois Sermitsiaq, qui le qualifie de « netradaktor ». L’article, trouvable sur Google, semble cependant « perdu », introuvable sur son site d’origine : Air Greenland, une compagnie aérienne du Groënland.

Søren Duran Duus cite un certain nombre de personnes existantes ou ayant existé pour appuyer ses dires, dont les informations trouvables sur internet coïncident avec celles qu’il donne. Ainsi, bien que le cursus de l’auteur soient incertain, la date de l’article soit inconnue et que la provenance de la page soit assez obscure, l’article traite brièvement de l’histoire du tatouage sur les terres inuit et nous apprend un certain nombre de choses, qu’il faut néanmoins considérer avec précaution.

En effet, une première incohérence est à relever dans la datation de la plus ancienne preuve de trace de tatouage Inuit, constituée par une petite figurine en ivoire retrouvée en Alaska, datant de 95 avant Jésus Christ. En effet, nous avons déjà vu que Lars Krutak parle d’un masque en ivoire sculpté à l’effigie d’un visage tatoué qui, lui, remonterait à 3500 avant Jésus Christ. Sans doute l’article de Søren Duran Duus a-t-il été écrit avant la découverte mentionnée par Krutak.

L’auteur parle ensuite du conservateur des Archives et Musée nationaux du Groënland, Hans Lange (son LinkedIn) qui, bien que fasciné par le tatouage au Groënland, admet le fait que les sources et la documentation à ce sujet sont très limitées : les sources matérielles sont principalement basées sur trois ou quatre fouilles ou expéditions, et les premières études détaillées des pratiques du tatouage aux Groënland remontent à la fin du XIXe siècle, voire au début du XXe. La cinquième expédition de Knud Rasmussen (sa page Wikipédia), en 1921-24 a mis au jour d’importantes informations concernant les variétés de tatouages et la mentalité des Inuits associée à cette pratique.

Les tatouages inuit peuvent symboliser un grand nombre de choses, mais c’est surtout la force, ou la beauté chez les femme qui est célébré à travers eux, entre autres significations plus personnelles ou pour l’entourage de la personne. Le premier tatouage d’un homme est appelé kakileq, le « premier tué », c’est une ligne sur la joue qui symbolise le premier phoque, morse, ours polaire ou baleine tué. Chez la femme, on parlera de « barbe de morse » pour désigner les traits au menton qu’on lui trace au moment de la puberté.

Les momies de Qilakitsoq près d’Uumannaq (dont nous avons déjà parlé ici) sont sans doute les plus célèbre du Groënland : cinq ou six d’entre elles sont des femmes tatouées, mortes environ vers 1475. Un siècle plus tard, en 1566, une femme Inuit avec des tatouages faciaux est capturée en Terre Neuve, au Canada, et sera montrée dans des cirques à travers toute l’Europe…

Les missionnaires chrétiens ayant trouvé la pratique contraire aux usages de leur religion, cette dernière, considéré comme « porteuse de péché », a été interdite. C’est probablement la raison pour laquelle la pratique s’est éteinte relativement rapidement à l’ouest du Groënland, comme l’écrit David Crantz (sa page Wikipédia), dés 1765, dans son Histoire du Groenland.

Publicités

Kunsten pa Kroppen : Histoire du tatouage inuit

Le site Kunsten pa Kroppen qu’on a déjà vu dans de précédents articles met à disposition du lecteur une histoire internationale du tatouage, du tatouage polynésien au tatouage asiatique, en passant par l’histoire du tatouage inuit, bien entendu.
.

illustration

.
Cette histoire du tatouage inuit que nous propose Kunsten pa Kroppen est tirée, ainsi que les image, du livre de Chr. Ejlers Forlag, The Greenland Mummies, paru en danois en 1985 (réédité en anglais par Hart Hansen en 1990). Si le livre d’origine semble très documenté, Kunsten pa Kroppen nous en propose un résumé extrêmement succinct, mal organisé et avare d’informations. Les images sont peu décrites. Ainsi, on sait qu’un masque est gravé dans de l’ivoire de morse, mais on ne connait ni sa date, ni la culture ou le lieu dont il provient. Ou encore, on nous donne la date de création d’une peinture sans en préciser l’auteur.
.
Cette histoire du tatouage est organisée en 4 parties ; une partie générale qui tente de retracer (trop) brièvement les témoignages de tatouage en arctique depuis les temps préhistoriques, une partie sur un portrait celui de Maria de Paamiut, une troisième partie sur les momies de Qilaqitsoq et la dernière sur les pratiques au Groenland oriental. Ce découpage est totalement injustifié, créant une forte disproportion entre les différentes parties.
.
La partie sur Maria de Paamiut et les pratiques au Groenland oriental, par exemple, sont simplement constituées de deux ou trois photographies brièvement commentées. Le portrait de Maria de Paamiut illustre le tatouage facial inuit, mais n’apporte rien d’intéressant, il aurait pu être mis en exemple au cours de la présentation générale et cela aurait largement suffit. La partie sur le tatouage au Groenland oriental n’a pas plus d’intérêt telle quelle, elle aurait suffit en illustration. Il faut aussi remarquer que la pratique du tatouage au Groenland oriental n’utilise pas la technique inuit cousue ; pourquoi alors appeler la catégorie « Inuit » et non pas « Arctique » ? Enfin, comme avant, l’auteur des photographies ou du portrait n’est pas mentionné.
.
Une autre partie est plus intéressante. Toujours aussi succincte, elle présente dans une sorte d’étude de cas les momies de Qilaqitsoq, trouvées en 1972 et datées du XVe siècle. Certaines momies présentent en effet des tatouages cousus, technique qu’on a pu déterminer lors de leur étude en laboratoire. Mais on reste frustré du peu d’informations.
.

Momie de Qilaqitsoq

En conclusion, cette histoire du tatouage est trop sommaire pour être vraiment intéressante. Elle nous incite plutôt à consulter le livre dont sont tirées les informations, ou bien à lancer une nouvelle recherche.
.

Les peuples de l’Arctique

En 1977, se déroula à Barrow, en Alaska, la première Conférence Circumpolaire Inuit. Cette dernière, visant à « renforcer l’unité du peuple Inuit, à promouvoir leurs droits et intérêts et à assurer le développement de leur culture », choisit de remplacer le terme « eskimo » par le terme « Inuit ».

Le choix d’un terme pour désigner un peuple n’est en effet pas anodin.  Voilà précisément ce que nous aimerions clarifier dans cet article.

Le terme « esquimau » désignerait, dans la langue des Indiens Algonkins : « mangeur de viande crue». Ce terme a été rapporté par les colons français au XVIIe siècle, et c’est en grande partie suite à ce passé colonial que le terme a été abandonné pour l’utilisation des noms locaux (Inuit, Yupik …). En plus de posséder une connotation coloniale, le terme est très vague : il désigne à la fois les peuples d’Alaska, du Canada, du Groënland et de l’est de la Sibérie, sans parler des nombreuses îles de la région (notamment l’île St Laurent).

Il y a donc de nombreux peuples en Arctique et la façon dont les étrangers les désignent n’est jamais précise ni constante. En effet, on remarque des amalgames constants entre Inuits, Yupiks, ou encore l’utilisation du terme Esquimau pour parler de l’ensemble de ces peuples.  Il est vrai que par le mot « inuit », la plupart des sources désignent tous les peuples de l’Arctique.

Suite à la découverte, au début des années 1920, par Therkel Mathiassen, de vestiges archéologiques ressemblant à des artefacts utilisés par les Inuit actuel, les Inuits ont été définit comme un peuple à la descendance thuléenne. C’est ce qui les différencie, encore aujourd’hui, des Yupik ou encore des Aléoutes. Cependant, le terme Inuit, englobe parfois tous les peuples de cultures « semblables » vivant dans le Cercle Circumpolaire.

Pour ne faire aucune erreur ou généralisation dans la désignation des peuples, il faut se rapporter à la façon dont eux-mêmes se nomment.

Inuit_conf_map

Carte montrant les membres de l’ICC. Réalisée à partir de la Charte de l’ICC. Attention : le Nord est en bas, le Sud est en haut.

Ainsi, dans la région du Nunavut, du Nunavik, Nunatsiavut, les peuples se disent « Inuits » (« Nunaat » signifie « la terre des Inuit » en inukophone).  Le Groënland est peuplé de personnes “Kalaallit”, ils se disent apparemment Inuit (et possède la même descendance thuléenne), mais parle une autre langue d’où découle leur nom : le Kalaallisut. A l’ouest de l’Arctique canadien se trouve les Inuvialuit, définit comme des Inuit et de descendances thuléennes. Les Inupiat, quant à eux, au nord de l’Alaska, sont également dit Inuit, et cohabitent avec les Yupiks.

 Au Sud de la pointe ouest de l’Alaska, sur la pointe orientale de la Russie et sur l’Île St Laurent, les habitants se disent « Yupiks » (en langue yupik, « Yuk » signifie « personne » et « -pik » : « vrai »).

carte répartition 1

Carte de répartition des Tchouktches, Yupiks, Aléoutes, et Alutiiq, faite à partir de Googlemap, suite à la recherche effectuée pour l’article sur les différents peuples de la région .

Sur la côte Sud de l’Alaska, les populations sont appelés « Alutiiq » par les Yupiks, avec lesquels ils cohabitent. Le nom des Alutiiq est proche de celui des « Aléoutes », mais ces populations semblent se distinguer et se dire de culture différente.

Les Aléoutes vivent sur les Îles Aléoutiennes, les Îles Pribilof ainsi que les Îles Shumagin  (au Sud-ouest de l’Alaska, non visible sur la carte suivant la charte de l’ICC) et également à l’est de la Russie, au Kamchatka Krai.

carte de répartition des aléoutes en Russie

Carte de répartition des Aléoutes en Russie.

Pour finir, les « Tchouktches » (« le vrai peuple » en langue tchouktche), cohabitent avec les Aléoutes sur le Kamchatka Krai, et avec les Yupiks sur la pointe nord-est de la Russie.

Carte de répartition des Tchouktches

Carte de répartition des Tchouktches

ICC désigne par « peuple inuit », dans leur Article 1 : « indigenous members of the Inuit homeland recognized by Inuit as being members of their people and shall include the Inupiat, Yupik (Alaska), Inuit, Inuvialuit (Canada), Kalaallit (Greenland) and Yupik (Russia) ».

Malgré cela, tous ces peuples que nous nous sommes efforcés de définir géographiquement sont souvent rattachées à une seule « culture Inuit ». Mais cette dite « culture » est-elle anthropologiquement recevable ? Rien ne l’indique. Au contraire, la création de l’ICC est une preuve que le peuple Inuit se revendique comme ayant sa propre  « culture, sa propre terre et ses propres ancêtres » (pour reprendre leurs termes). Ces peuples semblent, tous, eux-mêmes se définir avec une culture particulière. Cette idée de « culture Inuit » serait-elle alors le reste d’un regard lointain et anciennement colonial ? Ceci est fort probable. La confusion qui règne dans les définitions se fait lourdement ressentir dans les ressources numériques. Ces dernières définissent rarement clairement les cultures dont elles font mention, et le terme « inuit » est, comme nous l’avons déjà mentionné, souvent utilisé très globalement (un peu comme s’il avait remplacé, en définitive, le terme d’eskimo).

Dans ce blog, nous parlerons du tatouage Inuit en suivant la définition de l’ICC.

Cet article a été réalisé à l’aide des articles (anglais et français, pour chacun des sujets) Wikipédia nommé « Yupiks », « Inuits », « Aléoutes », « Alutiiq », « Tchouktches », « Inuvialuit », « Inupiat », « Kalaallit », et les différentes régions dont il est fait mention dans ces articles / L’article anglais Wikipédia de l’Inuit Circumpolar Council / 3 sites sur 4 de l’ICC (du Groënland, du Canada et de l’Alaska, mais il en existe également un de la Russie)/ le court article sur le cercle circumpolaire inuit sur le site goodplanet.info.

Il n’est pas impossible que des erreurs, malgré tous nos efforts, persistent, surtout concernant les Aléoutes, les Alutiiq, et les Tchouktches (non définis par l’ICC).