Colin Dale en vidéo

Sur le blog « Needles and Sins Tattoo », une vidéo de 3 minutes montre Colin Dale (tatoueur déjà mentionné dans deux de nos articles) à l’ouvrage, tandis qu’il répond en même temps aux questions d’un reporter de Bizarremag sur l’histoire du tatouage cousu. L’article, posté le 15 juillet 2010 par Marisa Kakoulas (directrice du site, de son vrai nom Marisa DiMattia), une avocate, écrivain et amatrice de tatouage, fait référence à l’article de Lars Krutak sur les « tatouages des chasseurs-cueilleurs », dont nous avons déjà parlé.

Une autre vidéo est visible sur youtube, mais elle est de moindre qualité étant donné qu’elle a été filmée à partir d’un écran par une certaine Monica Oldenburg. Il s’agit d’un extrait de l’émission du studio de tatouage Ancient Ink, diffusée sur History Channel en 2011.

Bien que de qualité assez médiocres, tant au niveau de leur aspect visuel ou sonore aussi bien que de la limite de leur contenu, ces vidéos nous permettent de voir et de comprendre un peu mieux la technique du tatouage cousu, et de nous familiariser avec l’un de ces uniques praticiens actuels.

Lars Krutak : « Les derniers tatouages de l’île de Saint Laurent, en Alaska »

Lars Krutak, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises (vous trouverez notamment une partie de sa bibliographie dans cet article), a également publié en 2005 un article sur « Les derniers tatouages de l’île de Saint Laurent, en Alaska », toujours sur son site éponyme.

D’après Krutak, le tatouage Yupik a été considéré pendant 2000 ans comme ayant des vertus médicinales et définissaient des codes sociaux ou invoquaient des forces spirituelles qui modelaient la vie et rythmaient l’existence de ce peuple (tout comme chez les Inuits).

Anna Aghtuqaayak, du village de Gambell, était la dernière femme yupik tatouée aussi bien sur le visage que sur le corps ; elle est morte en 2002. « Nous le faisions pour être belle, pour ne pas ressembler aux hommes. Nous voulions nous parer de beaux ornements pour l’autre vie. » disait-elle.

Depuis sa dernière visite en 1997, Krutak remarque que tous les « gardiens » de la science du tatouage sont morts, y compris huit femmes tatouées : en 2002, Alice Yavaseuk, dernière femme tatoueuse et tatouée, est décédée, tandis qu’en 2005 deux autres femmes qui portaient des tatouages traditionnels, Sadie Sepila et Mabel Toolie, se sont éteintes à 96 et 95 ans.

La pratique du tatouage a commencé à décliner avec l’arrivée des missionnaires et de la modernité, au début du XXe siècle. Les avancées médicales ont fait perdre du crédit aux tatouages et à leurs pouvoirs curatifs, si bien que les gens nés après 1915, également influencés par le christianisme pour certains, ont peu à peu cessé de se faire tatouer.

Pour parler de la technique du tatouage (outils, éléments et pigments utilisés, croyances dans ces différentes composantes), Lars Krutak utilise les mêmes paragraphes constituant la première partie de son article « Le tatouage chez les chasseurs-cueilleurs en Arctique » et une grande partie de l’article sur le tatouage cousu, que nous avons détaillé ici.

Il parle enfin du futur du tatouage Yupik : d’après Krutak, une prise de conscience de la perte d’un important aspect de leur culture se généralise chez les jeunes générations. Aujourd’hui, la jeunesse de l’île se peint des motifs de tatouages sur la peau lors de fêtes annuelles, et certains anciens de l’île s’impliquent même davantage, comme la professeur des écoles Darlene Orr , qui  s’est faite tatouée, sur les mains, les mêmes motifs que Sadie Sepila.

Pour conclure, Lars Krutak indique ce qu’il pense être la marche à suivre pour « ramener à la vie » la pratique du tatouage sur l’île Saint Laurent : réintroduire les connaissances en ce qui la concerne, mais aussi réexaminer son histoire sur l’île, avant qu’elle ne disparaisse définitivement. Pour se faire, il a mis au point, avec son collaborateur Chris Koonooka, un livre qui regroupe des anecdotes locales, des illustrations, des documents d’archives et des photographies. De quoi, d’après lui, générer un nouvel intérêt pour le sujet chez les jeunes générations et remettre au goût du jour cette tradition.

« Women with walrus beards », par Søren Duran Duus

« Women with walrus beards » est un article de Søren Duran Duus, dont on ne peut trouver sur la toile qu’un profil facebook peu fourni, qui nous apprend cependant dans l’adresse URL de la page sa fonction de journaliste, ce que semble confirmer la légende de la photographie qui illustre cette page du journal danois Sermitsiaq, qui le qualifie de « netradaktor ». L’article, trouvable sur Google, semble cependant « perdu », introuvable sur son site d’origine : Air Greenland, une compagnie aérienne du Groënland.

Søren Duran Duus cite un certain nombre de personnes existantes ou ayant existé pour appuyer ses dires, dont les informations trouvables sur internet coïncident avec celles qu’il donne. Ainsi, bien que le cursus de l’auteur soient incertain, la date de l’article soit inconnue et que la provenance de la page soit assez obscure, l’article traite brièvement de l’histoire du tatouage sur les terres inuit et nous apprend un certain nombre de choses, qu’il faut néanmoins considérer avec précaution.

En effet, une première incohérence est à relever dans la datation de la plus ancienne preuve de trace de tatouage Inuit, constituée par une petite figurine en ivoire retrouvée en Alaska, datant de 95 avant Jésus Christ. En effet, nous avons déjà vu que Lars Krutak parle d’un masque en ivoire sculpté à l’effigie d’un visage tatoué qui, lui, remonterait à 3500 avant Jésus Christ. Sans doute l’article de Søren Duran Duus a-t-il été écrit avant la découverte mentionnée par Krutak.

L’auteur parle ensuite du conservateur des Archives et Musée nationaux du Groënland, Hans Lange (son LinkedIn) qui, bien que fasciné par le tatouage au Groënland, admet le fait que les sources et la documentation à ce sujet sont très limitées : les sources matérielles sont principalement basées sur trois ou quatre fouilles ou expéditions, et les premières études détaillées des pratiques du tatouage aux Groënland remontent à la fin du XIXe siècle, voire au début du XXe. La cinquième expédition de Knud Rasmussen (sa page Wikipédia), en 1921-24 a mis au jour d’importantes informations concernant les variétés de tatouages et la mentalité des Inuits associée à cette pratique.

Les tatouages inuit peuvent symboliser un grand nombre de choses, mais c’est surtout la force, ou la beauté chez les femme qui est célébré à travers eux, entre autres significations plus personnelles ou pour l’entourage de la personne. Le premier tatouage d’un homme est appelé kakileq, le « premier tué », c’est une ligne sur la joue qui symbolise le premier phoque, morse, ours polaire ou baleine tué. Chez la femme, on parlera de « barbe de morse » pour désigner les traits au menton qu’on lui trace au moment de la puberté.

Les momies de Qilakitsoq près d’Uumannaq (dont nous avons déjà parlé ici) sont sans doute les plus célèbre du Groënland : cinq ou six d’entre elles sont des femmes tatouées, mortes environ vers 1475. Un siècle plus tard, en 1566, une femme Inuit avec des tatouages faciaux est capturée en Terre Neuve, au Canada, et sera montrée dans des cirques à travers toute l’Europe…

Les missionnaires chrétiens ayant trouvé la pratique contraire aux usages de leur religion, cette dernière, considéré comme « porteuse de péché », a été interdite. C’est probablement la raison pour laquelle la pratique s’est éteinte relativement rapidement à l’ouest du Groënland, comme l’écrit David Crantz (sa page Wikipédia), dés 1765, dans son Histoire du Groenland.

Encyclopedia of Body Adornment

Encyclopedia of Body Adornment (littéralement : « Encyclopédie de l’ornement corporel »), est un ouvrage de Margo DeMello, professeur de sociologie et d’anthropologie au Central New Mexico Community College, comme le précise la rubrique « à propos de l’auteur » sur cette page du site Googlebooks. Numérisé sur ce-dernier, le livre n’est cependant consultable qu’en partie.

En effet, comme le précise le site, « un grand nombre des ouvrages proposés dans le cadre de Google Livres proviennent d’auteurs ou d’éditeurs participant à notre programme Partenaire Google Livres. Ces partenaires décident alors le pourcentage de contenu consultable : de quelques pages à l’intégralité du livre. » Pour pouvoir le consulter en entier, il faudra donc attendre que le livre tombe dans le domaine public : ainsi, il ne sera plus protégé par des droits d’auteur.

L’article de l’Encyclopédie concernant le tatouage inuit est intégré dans la partie consultable en ligne : il se situe pages 162-163.

Margo DeMello y explique que les Inuits (terme qui englobe les peuples indigènes vivant le long des côtes arctiques de Sibérie, d’Alaska, du Groenland et du Canada) ont pratiqué une forme unique de tatouage pendant environ 3500 ans. Il agissait soit comme marqueur d’un évènement important pour l’individu, soit comme « protection magique » contre toute une variété de maux.

Comme chez leurs voisins du Pacifique Nord Ouest (DeMello ne précise pas de quel peuple il s’agit exactement), les tatouages étaient essentiellement portés par les femmes (des tatouages faciaux sous forme de lignes et de motifs géométriques). Les tatouages au menton, reçus à la puberté, montraient la disponibilité mariale d’une femme et sa capacité à endurer la souffrance, ce qui était  une caractéristique séduisante et recherchée chez une femme. Elles pouvaient aussi recevoir, parfois, des tatouages sur les cuisses, pour porter chance lors de l’accouchement et pour montrer quelque chose de beau aux enfants dés leur sortie du ventre.

Comme nous l’avons vu dans l’article Tattoo Archive : Introduction au tatouage inuit (peut être sont-ce là les sources, non précisées sur son site, de C. W. Eldridge ?), c’étaient les femmes les plus âgées qui tatouaient, utilisant des aiguilles d’ivoire ou d’os et du fil trempé dans de la suie qu’elles passaient directement sous la peau (« cousant » littéralement, comme lors de la confection d’un vêtement) pour y laisser la couleur noire. On retrouve également l’information concernant les tatouages masculins, qui indiquaient les succès à la chasse ou à la guerre, avec un tatouage spécial pour avoir tué un homme (deux lignes horizontales au travers du visage) ou avoir tué une baleine (une ligne s’étendant de la bouche à chacune des oreilles, ou parfois un simple point sur une articulation).

L’article de DeMello nous apporte cependant de nouvelles informations sur de petits tatouages en forme de points, portés aussi bien par les hommes que par les femmes, au niveau des articulations du corps (qui, de manière intéressante, correspondent à des points d’acupuncture), pour les protéger du mal pendant les deuils et les funérailles, car selon leurs croyances, les esprits pouvaient entrer par ces articulations si elles n’étaient pas « fermées » par ces points, pour causer des maladies, voire la mort. DeMello fait également référence aux « cercle nucléés »,  ce qui complète la fin de notre article sur « Ce qui est bien est beau » dans la revue Terrain : ces tatouages, très communs, étaient portés des deux cotés de la bouches, entre la lèvre inférieure et le menton, à la place des labrets portés par d’autres peuples du Nord (voir image ci-dessus) et pouvaient également avoir un rôle protecteur.

L’auteur ouvre ensuite son article en proposant un approfondissement dans deux ouvrages spécialisés. Ce passage de The Encyclopedia of Body Adornment nous apporte donc des compléments d’informations non négligeables, tout en confirmant une partie de celles que nous avions déjà. Il est issu d’un ouvrage sérieux, écrit par une femme œuvrant dans le milieu universitaire et complété d’une bibliographie (non consultable en ligne). Seules des illustrations manquent peut être à ce livre, mais il semble tout de même faire figure de référence dans le domaine du tatouage, et de l’ornement corporel en général.

Tattoo Archive : Introduction au tatouage inuit

Tattoo Archive est plus qu’une simple boutique de tatouage. Créée en 1980 en Californie par C. W. Eldridge, un tatoueur passionné, Tattoo Archive est le siège d’un magasin en ligne de tatouages collectors, ainsi que du Centre de Recherche Paul Rogers sur le Tatouage (PRTRC) destiné à préserver l’histoire du tatouage. Le magasin comme son nom l’indique propose de consulter de nombreux documents et archives sur le tatouage. Pour finir, Tattoo archive partage ses locaux avec le BookMistress, une boutique qui vend uniquement des livres sur le tatouage introuvables ou épuisés.

Hall de la librairie Book Mistress

Hall de la librairie Book Mistress

Ainsi, la mission de Tattoo Archive est de « promouvoir l’histoire du tatouage à travers la recherche et l’éducation ». C’est donc tout naturellement que l’on retrouve sur le site de Tattoo Archive une histoire du tatouage. Cette histoire du tatouage est extrêmement fournie : les sujets sont classés par ordre alphabétique, à raison d’une dizaine de sujets pour chaque lettre ! Ces sujets sont aussi très variés, des pratiques internationales à l’évolution des machines de tatouage, en passant par des biographies de tatoueurs. Elle reste très majoritairement axée sur le 19e siècle. Au final ce site ne fait pratiquement pas de fausse note. Il est parfaitement clair et complet, avec cette histoire du tatouage, mais aussi sa présentation très claire et exhaustive, la biographie du propriétaire C. W. Eldridge, son portfolio, un magasin en ligne, une présentation du centre de recherche Paul Rogers, une page de contact complète, et une page de liens très fournie renvoyant vers d’autres sites internet de qualité, notamment Vanishing Tattoo dont on vous reparlera. Il est de plus très bien illustré et mis à jour régulièrement. Seul bémol, aucun sujet présenté sur le site ne cite de source ou ne renvoie à des références, même pour les images présentées.

C’est donc dans cette histoire du tatouage que l’on vient d’évoquer que l’on va trouver une page sur le tatouage inuit qui nous intéresse plus particulièrement ici. Le sujet est étudié assez rapidement, mais on y trouve des renseignements intéressants. D’abord l’auteur nous indique la matière des aiguilles utilisées par les inuits : l’ivoire ou l’os. Il évoque ensuite le fait que le tatouage du menton et du front chez les femmes inuit marque le passage à l’âge adulte. Mais surtout, un petit paragraphe nous renseigne sur le rôle du tatouage masculin inuit, chose assez rare. En effet la plupart des autres sources s’attardent surtout sur le tatouage féminin. Ainsi les tatouages masculins seraient liés aux succès à la chasse et à la guerre : deux lignes en travers du visage indiqueraient une victoire contre un autre homme, quand une ligne partant du coin de la bouche jusqu’à l’oreille indiquerait que le tatoué a tué une baleine. Monsieur Eldridge semble bien cultivé et le site très sérieux, mais nous tenons à rappeler que ce sujet ne cite pas de sources, et qu’il faut donc traiter ces informations avec précaution.

Kunsten pa Kroppen : Histoire du tatouage inuit

Le site Kunsten pa Kroppen qu’on a déjà vu dans de précédents articles met à disposition du lecteur une histoire internationale du tatouage, du tatouage polynésien au tatouage asiatique, en passant par l’histoire du tatouage inuit, bien entendu.
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Cette histoire du tatouage inuit que nous propose Kunsten pa Kroppen est tirée, ainsi que les image, du livre de Chr. Ejlers Forlag, The Greenland Mummies, paru en danois en 1985 (réédité en anglais par Hart Hansen en 1990). Si le livre d’origine semble très documenté, Kunsten pa Kroppen nous en propose un résumé extrêmement succinct, mal organisé et avare d’informations. Les images sont peu décrites. Ainsi, on sait qu’un masque est gravé dans de l’ivoire de morse, mais on ne connait ni sa date, ni la culture ou le lieu dont il provient. Ou encore, on nous donne la date de création d’une peinture sans en préciser l’auteur.
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Cette histoire du tatouage est organisée en 4 parties ; une partie générale qui tente de retracer (trop) brièvement les témoignages de tatouage en arctique depuis les temps préhistoriques, une partie sur un portrait celui de Maria de Paamiut, une troisième partie sur les momies de Qilaqitsoq et la dernière sur les pratiques au Groenland oriental. Ce découpage est totalement injustifié, créant une forte disproportion entre les différentes parties.
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La partie sur Maria de Paamiut et les pratiques au Groenland oriental, par exemple, sont simplement constituées de deux ou trois photographies brièvement commentées. Le portrait de Maria de Paamiut illustre le tatouage facial inuit, mais n’apporte rien d’intéressant, il aurait pu être mis en exemple au cours de la présentation générale et cela aurait largement suffit. La partie sur le tatouage au Groenland oriental n’a pas plus d’intérêt telle quelle, elle aurait suffit en illustration. Il faut aussi remarquer que la pratique du tatouage au Groenland oriental n’utilise pas la technique inuit cousue ; pourquoi alors appeler la catégorie « Inuit » et non pas « Arctique » ? Enfin, comme avant, l’auteur des photographies ou du portrait n’est pas mentionné.
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Une autre partie est plus intéressante. Toujours aussi succincte, elle présente dans une sorte d’étude de cas les momies de Qilaqitsoq, trouvées en 1972 et datées du XVe siècle. Certaines momies présentent en effet des tatouages cousus, technique qu’on a pu déterminer lors de leur étude en laboratoire. Mais on reste frustré du peu d’informations.
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Momie de Qilaqitsoq

En conclusion, cette histoire du tatouage est trop sommaire pour être vraiment intéressante. Elle nous incite plutôt à consulter le livre dont sont tirées les informations, ou bien à lancer une nouvelle recherche.
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