« Les tatouages inuits dans l’Arctique canadien » par les Cahiers de l’Observatoire Nivéa

Les cahiers de l’observatoire

Le site de l’Observatoire Nivea, un organisme de recherche pluridisciplinaire, publie en pdf ce qu’il appelle les cahiers de l’Observatoire, des dossiers présentés par des chercheurs sur des sujets ayant un rapport plus ou moins direct avec la peau. Dans le 8e cahier, nommé Couleur sur corps et ayant pour sujet le tatouage et les peintures corporelles, on trouve un article intitulé « Les tatouages inuits dans l’Arctique canadien » (p. 12-16).

Cet article a été écrit par Véronique Antomarchi (biographie), agrégée d’histoire-géographie, enseignante en BTS tourisme et en licence pro tourisme à l’université de Paris -X Nanterre et chercheuse associée au CERLOM (GDR Mutations Polaires Mutations Polaires). Elle s’intéresse notamment aux pratiques corporelles en milieu inuit. Elle a ainsi réalisé plusieurs enquêtes de terrain dans des communautés du Nunavik ( Arctique canadien) sur les couleurs et les tatouages (entre autres).

Le contenu sur le tatouage inuit

Complet et intéressant, cet article comporte de nombreuses références et aborde de nombreux points du tatouage inuit, notamment ses origines mythiques et sa disparition au XIXe siècle avec l’arrivée du christianisme, mais aussi sa survivance dans les populations inuit du XXIe siècle. L’article donne des renseignements sur la symbolique du tatouage inuit (un moyen de concilier les esprits ou de s’en protéger, par exemple), et les croyances associées : les grains de beauté sont considérés comme les traces des tatouages d’un ancêtre éponyme. Elle évoque également les techniques utilisées, les types de matériaux pour l’aiguille, les pigments, et la façon dont on pratiquait cette technique.

En conclusion, un article sérieux, avec moult références à consulter, et survolant de nombreux aspects du tatouage inuit. Un bon document pour commencer à s’intéresser au tatouage inuit.

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Magie du tatouage dans l’Arctique

Un musée virtuel

Le centre d’étude de l’Arctique du Musée National d’Histoire Naturelle de Washington, sous l’égide du très sérieux Smithsonian Institute, l’institution de recherche scientifique, propose des expositions virtuelles. L’une d’entre elles, « Crossroads of continents » (Carrefour des continents), tente de saisir l’histoire et la grande diversité des cultures du pacifique nord.

La présentation de l’exposition est tout à fait innovante : le musée est recréé en 3D. Il suffit de cliquer sur les objets exposés pour en avoir une description complète, et sur les portes pour passer d’une pièce à l’autre. Dans une pièce a été recréée la tombe d’une shaman, trouvée sur le site d’Ekven en Sibérie, et datée de 2000 ans. En cliquant sur la tombe, on peut voir l’ensemble des objets qui y ont été trouvés, notamment un petit masque tatoué en ivoire de morse.

Le contenu sur le tatouage inuit

Sous la présentation de ce masque, on trouve une explication sur le tatouage inuit. Cet article nommé « Tattoo magic » (La magie du tatouage), est écrit par Valérie Chaussonnet, et Ann Fienup-Riordan, deux anthropologues du Museum. Ann Fienup-Riordan a notamment beaucoup publié sur l’anthropologie des inuits, comme on le constate sur Google Scholar.

Ainsi, le tatouage était effectué sur le visage et les bras à la puberté, et la capacité à endurer la douleur était la preuve que la jeune fille était prête à porter un enfant, nous dit-on. Mais l’article développe surtout l’aspect mystique du tatouage, qui aurait une dimension communicative (avec les esprits par exemple) et métamorphique.

Le masque en ivoire présente sur une joue un tatouage en forme de serre de corbeau. Ce motif renverrait à une ancienne légende, où un dieu corbeau aurait volé à la fille d’un esprit malfaisant une balle contenant l’ensemble des corps célestes. C’est en brisant la balle qu’il libéra le soleil, la lune et les étoiles.

Selon cet article, le peuple arctique des Chukchi, affiliés au Inuit, utilisait le tatouage comme une protection spirituelle. Quand un Chukchi tombait malade, on lui tatouait le visage et les mains avec des représentations humaines pour chasser les mauvais esprits responsables de la maladie. Ils pouvaient aussi se tatouer la représentation de l’âme d’un mort pour en faire un esprit bienveillant à leur égard. Enfin, des tatouages d’yeux sur les articulations marqueraient une transformation sociale.

Cet article est une source en lui-même, mais nous aurions bien aimé avoir des références tout de même. Malgré quelques liens morts, et des changements de décors surprenants, le site est relativement bien agencé, et l’idée du musée virtuel est lumineuse et altruiste. A voir.