Lars Krutak : « Le tatouage chez les chasseurs-cueilleurs en Arctique »

C’est un véritable dossier sur le tatouage inuit que « l’anthropologue du tatouage » Lars Krutak (présenté plus en détails, ainsi que son site, dans cet article) nous propose sur son site éponyme. Créé en 2013, il traite d’une grande variété de thèmes, tous liés au tatouage, et ce dans un grand nombre de cultures.

Écrit en 2000, l’article est complété d’une bibliographie très fournie (plus d’une cinquantaine de références !) et se révèle extrêmement complet, mettant en lien la pratique du tatouage et la description minutieuse des techniques qu’on trouve dans les différentes régions habitées par les Inuits avec les croyances et les légendes de ce peuple.

Dans son introduction, Lars Krutak fait par exemple coïncider la preuve archéologique (le masque en ivoire dont nous avons parlé dans l’article sur Billy Merkosak) prouvant que la pratique du tatouage remonte chez les inuits à au moins plus de 3500 ans, avec leur mythologie, qui associe le tatouage à la création du soleil et de la lune.

S’ensuivent ensuite différentes parties qui organisent et structurent son article, dont voici ici de (très) brefs résumés.

« Les tatouages et la symbolique des pigments »

Lars Krutak nous informe des différents procédés de tatouage utilisés dans les régions où résident le peuple inuit, à travers des témoignages d’explorateurs ou d’anthropologues. Si chez les eskimos du centre vivant près de Daly Bay et autour du Détroit de Bering, c’était seulement le trou dans la peau qui était fait avec l’aiguille, et que la suie était ensuite déposée en y introduisant une aiguille de pin, Otto W. Geist (archéologue de l’université d’Alaska) écrit quant à lui en 1926 que sur l’Ile Saint Laurent, c’est la méthode du fil (tendon de rennes ou de mammifères marins) et de l’aiguille (morceau d’os puis plus tard, acier) qui prévaut, ou seulement de l’aiguille trempée dans le pigment (Noir de fumée ou graphite, ces deux éléments étant réputés pour « chasser » les mauvais esprits). A chaque fois la suie était mélangée avec de l’urine (censée repousser les esprits, elle possède en plus un haut taux d’ammoniac, ce qui permet d’éviter une infection et accélère la cicatrisation du tatouage).

« Le concept du tatouage en Arctique »

Le tatouage était souvent exécuté en lien avec les évènements funéraires, sous forme de petits points sur les articulations du corps (comme nous en avons déjà parlé dans l’article sur l’Encyclopedia of Body Adornment), mais aussi en lien avec la chasse, pour éviter de se faire posséder par l’esprit des animaux tués. Au contraire, les tatouages pouvaient également être utilisés par les chamans pour attirer des « forces spirituelles » en lien avec l’ « au-delà », et pas toujours pour repousser les esprits. Les « cercles nucléés », dont on a déjà parlé, héritiers des labrets, avaient eux aussi un rôle protecteur envers les mauvais esprits et les malheurs qu’ils pouvaient apporter. On pouvait aussi trouver des cercles, des demis cercles, des éléments anthropomorphes ou cruciformes : cela dépendait des maux à guérir, mais également de l’histoire de l’individu et de sa famille

« Les tatouages faciaux et corporels féminins »

Lars Krutak parle, sans surprise, du lien du tatouage féminin avec le mariage, d’un rôle de protection envers les ennemis, et de marques censées apporter fertilité à la femme tatouée, mais il précise également que les motifs des tatouages aux visages étaient souvent les mêmes d’une femme à l’autre, soit pour figurer les symboles qu’on vient de voir, soit pour montrer une appartenance à un clan ou à une famille : c’était donc souvent les mains qui étaient ornées de manière plus individuelle.

« La fonction médicinale des tatouages »

Les tatouages n’étaient pas seulement utilisés pour protéger des maux causés par les mauvais esprits, ils pouvaient aussi constituer des traitements préventifs ou curatifs d’un grand nombre de maladies. Des traces près du cœur pour des troubles cardiaques, de petits traits de chaque coté des yeux pour les troubles de la vision… Les tatouages étaient aussi des occasions pour pratiquer des « saignées », censées évacuer le « mauvais sang ».

« Le tatouage comme forme d’acupuncture »

Dans sa dernière partie, Lars Krutak rapproche les emplacements des points tatoués par les inuits avec les points d’acupuncture chinois, placés sur des « méridiens » et en étroites connexions avec les organes dont il convenait de préserver l’équilibre pour rester en bonne santé. D’après l’anthropologue, les « anciens » avaient conscience de ce parallèle entre leur art et celui de leurs voisins asiatiques, et des « momies » attesteraient de cette pratique chez les Inuits au XVe siècle.

Une version antérieure de l’article avait été publiée par Krutak sur Vanishing Tattoo, site élaboré en 1999 en collaboration avec d’autres passionnés du tatouage, mais les images n’y sont pas légendées. On peut également trouver un véritable « copié-collé » de l’article de Lars Krutak effectué le 24 septembre 2012 sur le blog arifulnews24.wordpress.com, avec tous les problèmes de mise en page qu’une telle pratique induit, même si l’auteur du billet cite tout de même sa source.

Cette nouvelle version demeure donc la plus agréable à l’oeil et la plus précise : illustré par de nombreuses images systématiquement légendées et pertinentes, car en lien direct avec le propos de Lars Krutak, cet article est extrêmement riche et très bien documenté, constituant une véritable référence, voire un outil de travail pour toute personne souhaitant approfondir ses connaissances ou faire des recherches sur le tatouage inuit.

Kunsten på Kroppen : Erik Reime au centre archéologique de Lejre

Nous vous présentons ici une ressource mise à disposition sur le site Kunsten på Kroppen (voir l’article sur Kunsten pa Kroppen) dans la rubrique littérature ; il s’agit de l’article “Erik Reime le tatoueur” (en français) de Claire Artemyz paru dans le Tatouage Magazine n° 48 de Janvier/Février 2006. Il existe également en allemand  et en néerlandais. Claire Artemyz est une photographe française qui s’interroge sur la question du langage corporel et sur la question de l’identité, notamment au travers du tatouage. Elle a publié quelques articles dans des magazines de tatouages.

Cet article présente le festival protohistorique auquel participent les tatoueurs Erik Reime et Colin Dale :

Dans un univers de reconstitution historique allant de l’âge de pierre à l’époque des Vikings, la liste d’attente est de plus d’un an pour séjourner une semaine dans un village de huttes au toit de chaume et au sol en terre battue. Robes de bure et savates en cuir sont de rigueur pour les candidats au séjour. Pas d’eau, pas d’électricité bien sûr et pas d’appareil photo! On veille aux animaux (moutons, chèvres, bovins), on prépare du fromage et autres mets authentiques. Le site comprend aussi un village de I’âge de pierre, avec une tente en peaux de bêtes cousues. Plus loin, un marché viking offre, sous les tentes, les étals d’artisanats divers, toujours « style vintage ». On peut y regarder travailler un maréchal-ferrant, un artisan du cuir, on peut y déguster de la nourriture faite sur le feu, dans un grand chaudron en fonte ou dans les fours à demi enterrés où I’on cuit le pain.”

C’est dans cette atmosphère qu’on trouve le stand de tatouage d’Erik Reime et Colin Dale. Ils y pratiquent différentes techniques de tatouage à la main et reproduisent des motifs anciens. Ils ont commencé par reproduire des motifs scandinaves à l’aide de techniques vikings, mais se sont par la suite diversifiés, et on peut aujourd’hui passer à leur stand pour demander un tatouage cousu selon la pratique inuit.

Ici le tatoueur choisit d’utiliser une aiguille à bout triangulaire, adaptée au travail du cuir.

L’article présente de nombreuses fautes d’orthographes et notamment d’accent, si récurrentes qu’elles sont forcément dues à une retranscription difficile avec un clavier étranger (danois en l’occurence). Comme d’habitude sur le site, la mise en page est sommaire et pas très recherchée, l’accent n’est pas mis sur le design et l’alternance images – texte est mal organisée. Mais ce n’est pas une raison pour fermer la page, car celle-ci reste tout à fait lisible et son contenu est très intéressant. Le propriétaire du site a tenu a ajouter une petite biographie de l’auteur de l’article. On retrouve ce souci bienvenu de la référence partout sur le site.

Reprise de la technique traditionnelle du tatouage au fil par Erik Reime

Erik Reime tatouant

Première étape : le fil noirci est passé sous la peau, ainsi que l’aiguille.

Erik Reime, dont on a déjà parlé, a réalisé d’après une technique de tatouage inuit, un tatouage sur le bras d’une femme. 

Deuxième étape : le fil et l’aiguille sont ressortis, la couleur noire est laissée sous la peau.

Sur cette page, la réalisation du tatouage se présente sous la forme de photographies. Grâce à ces photos, on visualise bien le procédé traditionnel de tatouage inuit consistant à passer sous la peau une aiguille et un tendon noirci à la suie laissant une trace noire au passage. Ces dernières informations viennent du livre Spiritual Tattoo, de John A. Rush, p.90 (en partie consultable sur google books), car en effet Erik Reime ne précise pas ses outils (quel fil ? comment le noircit-il ?). C’est donc uniquement l’illustration du procédé qui nous intéresse ici.

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Résultat du tatouage